El Señor de Sipán

Reconstitution de la tombe du seigneur.

Reconstitution de la tombe du seigneur.

Un trésor, un archéologue, des pilleurs, des policiers et un mort !

Non, ce n’est pas d’un roman policier dont nous allons parler, mais de la découverte du site de Sipan en 1987… Lorsque l’archéologue Walter Alva découvre une trentaine d’ornements saisis dans la nuit par la police,  il reste d’abord sans voix face à ce fabuleux trésor.  Deux pillards ont été arrêtés, et on connaît désormais l’origine de ces merveilles : il s’agit du site de Huaca Rajada, près du village de Sipan. Mais sur les lieux, les habitants de la région se sont regroupés et se sont transformés en véritables huaqueros (pilleurs de tombes). Dans un contexte économique particulièrement difficile, les villageois s’empressent de creuser, fouiller et tout retourner sur le secteur afin de mettre la main sur le butin. La police rapplique, tente d’écarter les pilleurs, mais ces derniers refusent d’abandonner le futur magot, qui selon eux leur revient de droit. La tension monte, des affrontements éclatent… puis dérapent. Un pilleur est tué.

La situation est donc compliquée : le site est mis sous surveillance 24h sur 24, l’énervement est palpable dans la ville, et Walter Alva ne dispose que de peu de moyens financiers. Mais celui-ci va trouver le bon compromis. En effet, il recrute une vingtaine d’ouvriers de la ville et permet à la population de suivre la découverte du site (plus de 6000 personnes pourront accéder aux fouilles).

Aujourd’hui, on peut constater les nombreux impacts positifs de cette découverte, en particulier pour la population. Fiers de la culture Mochica et de son héritage et rassurés par leur participation aux recherches archéologiques, les habitants béneficient maintenant des retombées touristiques.  Par ailleurs, grâce à Walter Alva en particulier, Huaca Rajada constitue l’un des sites les mieux préservés de la culture Mochica. Quasiment intactes, les pilleurs ont été écartés rapidement des merveilles de ce lieu, contrairement à de nombreux autres sites Mochicas.

On peut dire qu’il s’agit d’une véritable victoire dans l’éternel combat qui oppose pilleurs et archéologues… Celle-ci se matérialise désormais dans la fidélité des reconstitutions présentes au musée de  Tumbas Reales de Sipan (voir plus bas).

Vue de vallée de l'une des anciennes pyramides.

Vue de vallée de l’une des anciennes pyramides.

Bon, assez parlé, nous allons enfin découvrir le site de Sipan, et on espère, ses trésors !

Nous prenons donc un minibus de Trujillo, qui nous amène au bout de 45mn dans une vallée verdoyante, très agréable par ce temps si chaud et si sec. Un petit musée nous accueille. Tout d’abord, on se raffraichie la mémoire sur les différentes cultures au Pérou à travers une frise géante. Ensuite, nous sommes plongés dans l’obscurité pour contempler  les quelques statuettes et autres squelettes qui nous entourent. Énormément de représentations (parfois inquiétantes)  sont consacrées au Dieu Hibou, divinité de la nuit et protecteur des morts. Mais le fameux seigneur de Sipan n’est pas là.

Nous partons donc ensuite sur le site, afin de visiter les tombeaux. De nombreux oiseaux nous accompagnent sur le chemin, mais il y en a un qui nous surprend réellement, posté juste au-dessus de notre tête : un beau petit hibou. Et un 2e. Et puis un 3e ! Loin d’être  apeurés, les trois nous fixent sérieusement, perchés sur les arbres qui bordent le site! (on ne fait pas les malins, je vous le dis !). Enfin, nous finissons la visite de ce site mystique en grimpant le plus haut possible sur ses buttes en terre (qui autrefois avaient la forme de pyramides tronquées) d’où la vue est splendide…

Un musée d’exception

sipan

Le Museo Tumbas Reales de Sipan, situé dans la petite ville de Lambayeque, fait la fierté de tout le nord du Pérou. Ici, pas de photos, les sacs sont inspectés par des agents  de sécurité dès l’entrée de cette grande pyramide tronquée rougeâtre (semblable à celle de Sipan à son époque), au sommet de laquelle démarre la visite.  Ambiance tamisée, le circuit évolue en colimaçon vers les niveaux inférieurs, dans l’ordre selon lequel les archéologues ont découvert les tombes.

Une première salle explique, dans les grandes lignes, la religion mochica. Leur croyance divisait ainsi le monde en trois grandes instances : le monde des vivants (y compris les Hommes); le monde des morts ; et enfin, le ciel, résidence des étoiles, des astres et des dieux. Ce dernier était symbolisé par un grand serpent. Au-dessus de tout cela règne le Grand Aiapaec, soit le dieu créateur de la terre (y compris la mer) et du ciel. En-dessous de lui se trouvent des dieux de moindres importances appartenant à chacun des trois niveaux, tantôt bon, tantôt mauvais.

Dans la deuxième salle se trouve des céramiques détaillées représentant des dieux, des humains, des animaux et des végétaux. Laquelle nous emmènent  ensuite vers une collection unique de bijoux et d’objets délicats. Enfin, aux étages inférieurs se trouvent des reproductions précises des tombes royales au milieu des innombrables poteries (1137 pour être exact). C’est en ce lieu que reposent finalement les ossements du Seigneur de Sipan ainsi que l’un de ses lointains ancêtres, le Vieux Seigneur (des recherches ADN l’ont prouvé malgré les deux siècles qui les séparent !). Notons qu’il est assez rare, même pour un roi, de s’en aller vers l’autre monde avec autant de biens matériels. Sur le parvis du musée, plusieurs laboratoires poursuivent ostensiblement le travail d’archivage et de restauration nécessaire à  la conservation et au renouvellement des pièces du musée.

Un personnage quasi divin

Reconstitution du Señor de Sipán.

Reconstitution du Señor de Sipán.

Après les intrigues, la découverte de la tombe du Seigneur eu un retentissement planétaire qui fit plusieurs fois les titres du très prestigieux National-Geographic. Ce dernier compara son ampleur a celle de la découverte de la tombe de Toutankhamon, c’est dire. Plus important complexe funéraire de culture mochica, la Huaca Rajada a une dimension unique. En effet, elle a aujourd’hui valeur de preuve du statut réel et de la puissance de ses dirigeants. En effet, avant, les péruviens pensaient que les représentations présentes dans l’art mochica faisaient partie de scènes mythologiques déconnectées du réel. Quelle ne fut pas leurs surprises de constater, 1700 ans plus tard, qu’ à l’inverse, la concordance était aussi précise que fidèle.

A commencer par les vêtements, ornements et emblèmes du Seigneur sur son lit de mort. Parmi lesquels on a pu admirer sa tunique en forme  d’oiseau sacré, son sceptre en or pur ou encore ses sandales en métal précieux. Pour la petite histoire, sachez que le seigneur ne marchait pratiquement pas mais était porté par ses fidèles. A la fois chef religieux, politique et social de son Etat, son squelette, bien que détérioré, fournit quantité d’informations témoignant de son très haut rang. Comme par exemple son âge au moment de sa mort (40 ans) ou encore sa grande taille pour l’epoque (1 mètre 67). Sa faible usure dentaire dénote quant à elle d’un régime special suivi tout au long de sa vie.

Quant à sa tombe, elle recèle d’un nombre impressionnant  de détails qui attestent d’une cérémonie hautement protocolaire. Decrivons la rapidement. Tout d’abord, il faut savoir que le Seigneur ne s’en est pas allé seul mais bien entouré par ses plus proches serviteurs (sacrifiés pour l’occasion). Cette sentinelle, composée de deux hommes (un gardien avec un chien et un guerrier dont l’un des pieds avait été coupé afin qu’il lui soit éternellement dévoué), trois femmes, deux lamas situés sous le cercueil et plus étrange, un enfant assis en tailleur, légèrement surélevé par rapport au reste de la scène.

Une réflexion sur “El Señor de Sipán

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s